Toute l’affaire en moins de 4500 signes

Oyez oyez, braves gens, la triste et belle histoire du Goldorak-gate, avec de la trahison, de la haine, de la vengeance, et avec des vrais morceaux de Dallas dedans.

Tout commença le 24 Août 2005, lorsque la société Déclic Images, bien connue dans le monde de l’édition de japanime, sort la cultissime série animée Goldorak en DVD. Cette série était attendue comme le messie par des hordes de trentenaires attardés, restés coincés dans leur enfance, les yeux exsangues, entonnant des génériques de dessins animés en mangeant du gloubi-boulga. (je les connais bien, j’en suis)

Il faut dire que la série a été bloquée une bonne décennie suite à un litige entre Toei Animation (producteur japonais de la série animée) et Dynamic Planning (société éditrice de la bande dessinée, créée par Go Nagaï, et dont la série est une œuvre dérivée). Tout ce petit monde s’arrange finalement en 2004 et sort en suivant la série en DVD au Japon, avec la promesse de lendemains qui chanteront en Europe pour bientôt, promis juré.

Sauf que… il s’avère que les DVD de Déclic Images sont des contrefaçons! Tout est parti d’une trahison. Déclic Images travaille depuis des années avec la société Rouge Citron Production, qui se charge d’obtenir des licences pour eux. Déclic Images signe un accord de principe avec RCP, chargeant les seconds d’obtenir les droits de Goldorak pour les premiers. Coup de théâtre, trois employés de DI sont débauchés par RCP, qui s’apprête à entrer en concurrence avec ses propres clients en ouvrant une branche édition. En inspectant les emails des transfuges, les dirigeants de Déclic Images se convainquent que RCP s’apprête à commencer sa nouvelle activité avec rien de moins que Goldorak… Leur sang ne fait qu’un tour : ils se procurent les DVD japonais, les copient, et plaquent dessus la bande son française, pour les sortir à la hussarde et couper l’herbe sous le pied de RCP.

Il faut savoir que Manga Distribution, (société dirigée par les mêmes gérants que Déclic et qui se charge de la distribution de ses DVD), est en délicatesse avec nombre de supermarchés qui menacent de déréférencer leurs DVD. Manga Distribution n’a dû son salut qu’à la promesse de sortir incessamment Goldorak. Il était donc impératif pour la société de ne pas se faire doubler, quitte à s’embourber dans un imbroglio judiciaire sans précédent.

Comptant sur le fait que RCP a acquis sans leur dire une licence d’exploitation auprès des japonais et que leur accord de principe tiendra lieu de contrat de licence, Déclic publie les DVD, mettant tout le monde sur le fait accompli. Sauf que… il s’avère que RCP n’a jamais eu les droits de Goldorak. Et là, c’est le drame. Les japonais montent au créneau et attaquent fissa Déclic Images et Manga Distribution.
Toei Animation et Dynamic Planning intentent une procédure d’urgence en référé, qu’ils perdent faute d’avoir pu produire à temps des documents japonais vieux de 30 ans. L’affaire est renvoyée au fond, DI et MD sortent le 3ème et dernier coffret de Goldorak entre les plaidoiries et la décision de justice en première instance, qui les condamne à 7,2 millions d’euros de dommages et intérêts. Le tout sur fond d’invectives fielleuses entre RCP et Déclic Images sur le net, je reçois un coup de fil anonyme de menace, m’enjoignant à fermer mon blog qui relate toute l’affaire, ça vire au sordide.

Les sociétés contrefactrices font appel, et se placent en redressement judiciaire. S’en suit un véritable coup de semonce, puisque la Cour d’Appel décide d’invalider intégralement la décision en première instance. Retour à la case départ, DI & MD sortent du redressement judiciaire, RCP quant à elle ferme définitivement boutique. C’est la débandade, et encouragés par ce feu vert implicite, d’autres se sentent poussés par la vocation. On voit fleurir des DVD contrefaits de Candy et de Capitaine Flam. NRJ12 se voit proposer les droits de Goldorak, dont la diffusion prévue pour Noël 2006 est annulée in extremis. D’autres encore réussissent à vendre ceux de Capitaine Flam à France 3, pendant qu’un cinéma italien diffuse Candy en salle, un autre québécois se charge de Goldorak, le tout sans la moindre licence des japonais bien sûr.

La situation est hors de contrôle, mais la Cour de Cassation va remettre les choses dans l’ordre, puisqu’elle casse la décision d’appel, et on en revient aux 7,2 millions d’euros accordés aux japonais en première instance.

L’appel doit donc être rejugé, ce qui est fait le 24 Juin 2009 : la Cour d’Appel de renvoi confirme la condamnation de la première instance, avec toutefois des dommages et intérêts moins élevés. Déclic Images et Manga Distribution se voient chacune condamnées à verser 2,4 millions d’euros.

La suite de l’affaire dépendra des société françaises, selon qu’elles se pourvoiront en cassation ou non. Dans tous les cas, il reste l’affaire pénale sur le coffret 3.