Un peu d’histoire

Afin d’y voir un peu plus clair sur cet imbroglio, voici un petit historique de Goldorak et des droits. Fin des années 70, Popy (fabriquant de jouets japonais qui deviendra plus tard Bandai), à la recherche d’une licence pour vendre des produits dérivés, contacte la Toei pour la sortie d’un dessin animé qui correspondrait à leurs besoins. La Toei a rencontré un vif succès avec deux adaptations en séries animées des mangas de Go Nagaï : Mazinger Z et Great Mazinger. C’est donc tout naturellement qu’ils lui commandent un troisième volet à la série, qui sera Goldorak tel que nous le connaissons. Néanmoins la série ne rencontre pas le même succès que ses prédécesseurs au Japon. Arrive Bruno-René Huchez, et l’importation de Goldorak en France, qui fait un carton jamais vu jusqu’alors ni depuis, puisque Goldorak atteint 100% de part de marché lors de sa diffusion! Certes, il n’y avait à l’époque que 3 chaînes, mais tout de même! C’est suite à la bonne fortune de Goldorak que beaucoup d’autres dessins animés japonais ont été diffusés en France, et c’est aussi pour ça qu’aujourd’hui la France est le deuxième pays consommateur de mangas, après le Japon lui-même!

Le succès permet donc à Popy d’écouler nombre de produits dérivés, et d’engranger des sommes rondelettes. Go Nagaï, resté sur l’échec de la série au Japon, ne soupçonne pas que sa création fait un véritable carton en France et en Italie, et ne perçoit d’ailleurs aucune retombée financière de ces ventes miraculeuses. Ca n’est que des années plus tard qu’il apprend la chose, et s’en suit un procès fleuve entre sa maison d’édition, Dynamic Planning, et la Toei. Les droits de Goldorak restent bloqués aussi longtemps que le procès dure. Enfin le litige se règle, et les droits d’auteur sont partagés (d’après Jean-Jacques Bataillon, avocat de la Toei en France, les droits de la série animée appartiennent à la Toei, et Dynamic Planning n’aurait qu’un droit de véto pour une édition DVD. Néanmoins les royalties sur les produits dérivés reviennent à Dynamic.)

Une fois le jugement rendu, les DVD peuvent sortir, ce qui est fait au Japon début 2004, sans la moindre polémique d’ailleurs. La sortie ne passe pas inaperçue en France, et c’est tout naturellement que les fans s’attendent à voir sortir une version française d’ici peu. C’est faire abstraction des problèmes de droit propres à la France concernant cette série…

En effet, lors des premières exportation de leurs séries en France, les japonais font peu de cas des questions de propriété, notamment sur les bandes-son. Ainsi, le doublage des 52 premiers épisodes (ceux-là mêmes qui sont sortis en DVD) appartenait à feu IDDH, la société de Bruno-René Huchez, puis à Polly Production qui a racheté ses actifs. Quant à la bande son des épisodes 53 à 74, La Toei affirme en détenir les droits.

De plus, Bruno-René Huchez évoque sur son blog d’autres problèmes sur la licence de Goldorak, qui aurait été attribuée illégalement à AB Production par la Toei, alors qu’elle avait déjà un contrat avec lui (voir également ici). Bref, il s’agit là d’un véritable imbroglio judiciaire, et c’est cette complexité même qui a semé les premiers doutes concernant la sortie des DVD de Déclic Images.

Pour en revenir à l’affaire actuelle, Déclic Images continue de clamer sa bonne foi, pensant avoir un contrat valide avec Rouge Citron Productions. Néanmoins, s’ils se sont procurés les masters ailleurs, comme l’affirme RCP, et au vu de l’absence de copyrights sur les DVD tout comme du logo de RCP (logo qui est présent sur toutes les autres collaborations entre les deux sociétés), on peut se demander dans quelle mesure Déclic Images a pu sortir ces DVD en étant persuadée disposer des droits et se trouver dans une situation normale et habituelle…

7 Responses to “Un peu d’histoire”

  1. claude dit :

    Est-ce que ce résumé comporte de graves erreurs :
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    Le dernier combat de Goldorak

    Pour bien comprendre cette bataille autour des DVD Goldorak, il faut avoir en tête plusieurs clés.

    La première clé, c’est l’histoire même de la série. Elle est inspirée d’un manga, c’est à dire une bande dessinée japonaise, faite par le mangaka (créateur d’un manga) Go Nagai.
    Celui-ci, au début des années 70, est très connu pour ses histoires de robots (ce qu’on appelle les méchas). Ses héros, Mazinger Z et Great Mazinger ont fait un tabac au Japon et ont été adaptés en dessin animé par la société Toei, dessins animés qui ont eux aussi rencontré un succès immense au pays du soleil levant et sont désormais cultes là-bas.
    Or, Goldorak (UFO Robo Grendizer, en japonais), adapté lui aussi par la Toei, est un échec cuisant au Japon. En effet, pour des raisons marketing, la société de production japonaise a demandé à Go Nagai d’introduire dans son manga un personnage de la saga Mazinger, alors que le mangaka voulait avant tout faire une histoire indépendante. Qu’importe, Go Nagai s’exécute et réintroduit le personnage d’Alcor (Koji), qui était le héros de Mazinger Z (on le voit aussi dans quelques épisodes de la suite, Great Mazinger) mais cette fois-ci dans un personnage secondaire, la véritable star de Goldorak étant Actarus (Duke Fleed). Quelle faute de goût ! Les spectateurs japonais ne pardonneront pas à la Toei et Go Nagai d’avoir fait de leur héros légendaire un simple faire-valoir et bouderont donc ce qui est en quelque sorte le troisième segment d’une incroyable saga. Certes, le dessin animé a fait des scores plus qu’honorables au Japon, mais contrairement à Mazinger Z, il ne deviendra pas populaire et sera vite oublié…
    A la fin des années 70, alors que les dessins animés japonais ne sont connus que dans leur pays, un français, Jacques Canestrier, en quête de nouveautés pour le marché télévisuel français (il traite notamment régulièrement avec Antenne 2, ancêtre de France 2), achète les droits de Goldorak pour la France.
    La légende veut qu’il n’ait pas acquis ceux de Mazinger Z car les bobines de ce dessin animé étaient plus lourdes… Plus sûrement, la série avec le Grand Cornu devait être moins chère du fait de son insuccès dans son pays d’origine : pas la peine non plus pour la société de Canestrier, Pictural, de prendre trop de risques avec ce genre totalement inédit en France !
    Pourtant, l’impensable arrive. Cette série achetée un peu par hasard est un carton monumental en France et devient un véritable phénomène de société. Désormais, le héros ultime, le plus fort de tous s’appellera Goldorak, qui devient désormais presque un terme générique.
    Même phénomène chez nos amis italiens chez qui c’est une icône incontournable !
    Le merveilleux robot sera aussi connu dans le monde entier, dans une moindre mesure que dans ces deux pays certes, mais une légende est née… C’est aussi le début d’une gloire mondiale pour les dessins animés japonais, que l’on appelle japanimation ou japanime.
    Pourtant, au Japon, Go Nagai en est resté sur l’échec de Grendizer dans son pays. Qu’importe, d’autres héros, d’autres robots notamment, naîtront de son imagination fertile. Mais il est bien loin de se douter que son héros malheureux fait un tabac hors de ses frontières d’origine.
    Pendant des années, la Toei touche le jackpot sans rendre compte du phénomène Goldorak à son créateur. Pourtant, ce qui devait arriver arriva. Le génial mangaka découvre au début des années 90 la popularité mondiale de sa création.
    Furieux de l’attitude de la Toei qui aurait dû pendant toutes ces années lui verser de nombreuses royalties, il engage un procès contre elle par le biais de la société qui gère ses droits : Dynamic Planning. Une féroce bataille judiciaire s’engage alors, qui ne durera pas moins d’une quinzaine d’années.

    Ce n’est qu’en 2004 que les deux sociétés trouveront finalement un accord à l’amiable, la Toei devant finalement piteusement reverser des sommes considérables à Go Nagai pour avoir exploité de manière juteuse Goldorak tout au long de ces années. Conséquence : fin 2004 une édition en DVD voit enfin le jour au Japon.
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    http://www.allocine.fr/communaute/forum/message_gen_communaute=2&nofil=387775&cfilm=22031.html (par Nestor13)

    notamment concernant l’initiative de Jacques Canestrier.
    Car, en Droit français, « le producteur de l’oeuvre audiovisuelle est la personne physique ou morale qui prend l’initiative et la responsabilité de la réalisation de l’oeuvre » (article L 132-23 CPI) . Pas du tout de société japonaise alors en tant que productrice de la VF !
    Mais j’attends vos corrections.

  2. claude dit :

    Autre piste qui mène toujours à un producteur français IDDH dirigé par René Huchez :
    « le tribunal de commerce de Versailles a reconnu la paternité de la VF de Goldorak et de Candy à Poly Production. Est-il nécessaire de faire tant de bruit pour rien alors qu’on savait pertinemment que la propriété de la version française de Goldo et Candy était rendu par jugement du tribunal d’instance de Paris en 92 et que la cour d’arrêt l’avait confirmé par arrêt et que AB production avait dû rendre les copies en sa possession. D’ailleurs, moi j’ai retrouvé le fait qu’en 83 le tribunal de commerce de Paris avait nommé un expert, Monsieur Dubois, dans l’affaire IDDH contre Pictural. Ce dernier avait été obligé de rendre tous ses droits de Candy et Goldo à IDDH et donc Canestrier reconnaissait la propriété des versions françaises et italiennes a IDDH »

    http://pir2.over-blog.com/article-12575536-6.html#anchorComment

    J’attends vos corrections si ce que l’on trouve sur Internet comporte des erreurs graves.

  3. Nonoche dit :

    Le premier article est, à ma connaissance, véridique, le second est en revanche bien plus contestable et orienté (suivez mon regard)

  4. claude dit :

    1) Merci Nonoche.
    Donc c’est Jacques Canestrier qui est revenu du Japon avec la VJ de Goldorak et l’autorisation de se lancer dans la production d’une VF et qui a réusssi à faire produire .
    La controverse porte alors sur la société française qui a produit la VF et qui a engagé l’adaptateur français Michel Gatineau, via une société de doublage prestatrice de service . Si ce n’est pas IDDH, qui est-ce ? Qui était producteur en ce temps-là et qui a laissé Jacques Canestrier placer en début de générique « Jacques Canestrier présente » ? Ce peut être Canestrier lui-même qui a passé un contrat de prestation de service avec une société spécialisée dans la production ce qui ne fait pas d’elle un producteur puisque le CPI exige une prise d’initiative. Si c’est ce qui s’est passé, seul Canestrier a le droit de diffuser (mais aussi l’obligation) .
    Nonoche as-tu une idée ?
    Je désire être objectif.

    2) J’aime bien que les personnes soient condamnées pour les bons faits. Même si je préférerais que le Droit soit plus sévère du genre : pas de versement de royalties alors que l’on a passé un contrat a posteriori ou un quasi-contrat = contrefaçon . Je n’aime pas que l’on se moque du droit des auteurs.
    Si une contrefaçon a eu lieu, ce n’est pas à l’égard de la TOEI. Pas plus qu’à l’égard du producteur VF qui reste à déterminer. Mais c’est à l’égard de l’auteur VF.
    Or en Droit français « on ne plaide pas par procureur » : le mécanisme du quasi-contrat ne peut pas jouer au profit du producteur japonais pas plus d’ailleurs qu’il ne pourrait jouer au profit du producteur VF. Seul l’auteur et pas le public non plus par exemple peut agir en contrefaçon.

    3) Comme l’identification du producteur VF n’est pas encore faite (sauf erreur de ma part. Nonoche, tu me corriges ), il est difficile de savoir qui a conclu un contrat avec lui. C’est pour cela que je n’excluais pas au départ DI de la liste des possibles puisque c’est une société installée dans ce domaine. Ce point doit être éclairci et reste à éclaircir , car à aucun moment, la Justice ne l’a forcée à fournir un contrat de concession de diffusion. Et quand on voit comment a louvoyé également l’adversaire TOEI qui n’a pas produit un contrat avec l’auteur VF, mais le dépôt d’une marque pour bénéficier d’une présomption , on se dit que la Justice n’ a guère été curieuse de part et d’autre .

  5. Personne dit :

    Jacques Canestrier n’est t-il pas seulement un éditeur de k7 video à l’époque ? C’est inscrit sur les K7 de canestrier, Canestrier présente et une production Toei Animation.

    Comme toute les éditeurs de k7 video, Fil à film présente ou Les productions du tigre présente, mais toutes les oeuvres qui sont dupliqué sur les k7 video ont un contrat de licence chez le producteur original, même si c’est inscrit Fil à Film présente… sur la K7 video. Canestrier présente l’oeuvre de Toei Animation.

  6. lebowski dit :

    C’est bien beau de parler du producteur de la VF mais c’est sans compter le fait qu’il y a eu 2 contrats. Un premier pour les épisodes 1 à 52 et pour lequel apparemment peu de précautions ont été prises à l’époque. Et un second pour les épisodes 53 à 74 et pour lequel il est spécifié il me semble que la VF revient à Toei Animation comme c’est le cas pour la plupart des contrats actuels.

    Dans ce cas, comment envisager l’exploitation de la série en France ? Le plus simple je pense est que l’intégralité de cette VF revienne à Toei Animation. Si c’est l’actuel détenteur des droits de la VF des premiers épisodes qui devait exploiter la série, je ne vois pas comment nous pourrions avoir la série complête ni même comment nous pourrions avoir une version VF/VOSTFR.

  7. Personne dit :

    Tout à fait d’accord avec lebowski et les masters du doublage devrait toujours retourner chez les producteurs originaux. Beaucoup de doublage ont été perdus à l’époque a cause de ça. Masters abimés ou égarés, boite qui ont fermés, ect…

    Comme ça si un éditeur veut sortir un titre, il demande la langue qu’il veut aux producteurs et dépendant des contrats de doublages, les royalties seront versés à qui de droit par celui qui signe le contrat de licence pour une exploitation de l’oeuvre. Comme les contrats d’aujourd’hui qui sont mieux gérés par les producteurs. Sauf que les producteurs faisaient peu-être trop confiance aux éditeurs…. une plus grande surveillance serai préférable chez les éditeurs pour éviter la contrefaçon…