Les grandes manœuvres

C’est parti, la guerre stratégique des portails de VOD est lancée.

Jean-Yves Robin, président de la société de production Calt, et producteur des séries Caméra Café et Kaamelott, a assigné en justice le site de pira partage de vidéos Dailymotion pour « exploitation illicite » de ses deux séries.

La société a publié un communiqué de presse:

« Depuis la création du site de partage, de très nombreux épisodes de Kaamelott et de Caméra café sont mis gratuitement à la disposition des internautes et ce alors même que CALT Production a régulièrement signalé la présence de ces contenus contrefaisants sur le site »

Jean-Yves Robin a précisé à l’AFP : « On n’attaque pas pour aller chercher quelques euros. On attaque car l’exploitation illicite (…) met en péril le finacement des projets. »
Il a ajouté que d’autres sites feraient l’objet de poursuites.

Il faut noter que des saisons entières de Kaamelott et Caméra Café sont disponibles gratuitement et légalement sur le portail wideo.fr, qui appartient au groupe M6. Les séries sont d’autre part disponibles en vente sur le site de VOD M6 Video, et il est probable qu’on retrouvera des épisodes sur le prochain portail de catch-up tv gratuit M6 Replay, qui ouvrira ses portes Mercredi.

Il devient donc inconcevable de laisser des sites qui deviennent dorénavant des concurrents bénéficier des productions maison et se faire leur beurre dessus. Après un certain laisser-faire, la contre-attaque s’organise. Alors que les offres de VOD sortent du domaine purement expérimental, les chaînes de télévision ont également lancé leurs portails de partage de vidéo, avec Wat.tv pour TF1 et donc Wideo.fr pour M6, qui entrent en concurrence directe avec YouTube et Dailymotion.

En Décembre dernier c’était Jean-Yves Lafesse qui attaquait Dailymotion pour les mêmes raisons. Le tribunal a débouté l’artiste de sa demande en première instance pour manque de preuves, il a fait appel de cette décision.

On peut d’ailleurs s’interroger sur la bonne volonté de YouTube ou Dailymotion, qui vont chastement nous prévenir lorsqu’un épisode de « un gars, une fille » contient des propos explicites… sans pour autant se débarrasser d’un piratage manifeste.

L’avantage pour les utilisateurs c’est qu’on s’oriente vers une professionnalisation de ces sites, qui n’auront d’autre choix que de veiller scrupuleusement au respect du droit d’auteur, étant eux-mêmes propriétaires de licences. On pourra donc les consulter avec moins de scrupules, et profiter en toute sérénité des contenus qu’ils offriront. L’inconvénient, en revanche, c’est qu’on s’oriente très clairement vers une querelle de clocher sans précédent : chaque chaîne proposera son portail, avec uniquement ses productions. Il faudra donc aller piocher à droite et à gauche et nous n’aurons pas un magasin centralisé dans lequel on pourra consulter tous les catalogues disponibles, comme c’est le cas pour la musique avec iTunes par exemple.

Cette évolution s’était d’ailleurs déjà annoncée aux USA puisque la chaîne NBC a décidé de retirer ses séries télévisées du magasin en ligne d’Apple, pour les proposer gratuitement sur son propre portail en ligne. Le problème se fera sentir d’autant plus vivement en France pour le cinéma hexagonal, puisqu’il est majoritairement financé par les chaînes de télévision, qui en conséquence s’arrogent les droits de « première exploitation ». Les co-productions entre chaînes concurrentes risquent d’ailleurs de poser quelques problèmes, les portails de VOD représentant un nouvel enjeu pour elles. D’autre part, il n’est pas impossible que la VOD vienne chambouler les pratiques en matière de production et d’exploitation des films.

Les mois à venir promettent donc de sérieux remous, puisque pour déployer leurs offres légales, les chaînes vont devoir nettoyer les violations les plus manifestes de leurs propriétés intellectuelles.