Archive for the ‘la justice de Goldorak’ Category

Pas de jalouse

vendredi, janvier 29th, 2010

La décision de la requête en interprétation est arrivée (voir Dernier soubresauts de la procédure), et clarifie les quelques points de la décision en appel de renvoi qui étaient demeurés obscurs.

Manga Distribution et Déclic Images sont ainsi condamnées à verser chacune 2,4 millions d’euros, et les DVD litigieux seront détruits à leur frais. Reste à voir si les sociétés décident de se pourvoir face à cette interprétation qui leur est défavorable.

Télécharger la décision

Derniers soubresauts de la procédure

mercredi, décembre 23rd, 2009

Alors qu’on était en droit d’attendre une édition en bonne et due forme de Goldorak en DVD pour cette année, il n’en a rien été, pour cause de mésentente sur l’interprétation de la décision de la Cour d’Appel de renvoi.

Comme je vous l’avais précisé (voir ici), les avocats des deux parties étaient en désaccord sur celle-ci, concernant le montant de la condamnation : Maître Nitot considère en effet que ses clientes, Déclic Images et Manga Distribution, ayant été condamnées dans les mêmes termes qu’en première instance, le montant de la condamnation est de 2,4 millions d’euros in solidum, alors que les avocats des japonais avancent quant à eux qu’il s’agit du double du montant, à savoir 2,4 millions d’euros pour chaque société. D’autre part la décision n’a pas fait état du sort des DVD qui sont restés sous scellés, et que les Japonais souhaiteraient voir détruits, aux frais de DI & MD.

La question a été plaidée le 7 décembre lors d’une requête en interprétation, dont le résultat sera connu le 28 janvier. Après quoi rien ne devrait plus s’opposer à une exploitation de la série sous quelque forme que ce soit.

En outre, signalons que le délai pour faire appel après notification est écoulé, hormis donc ces derniers détails, ce volet de l’affaire, à savoir la procédure civile portant sur les deux premiers coffrets, est définitivement clos.

Où en sommes-nous?

mercredi, juillet 1st, 2009

Petit récapitulatif des procédures : DI/MD gagnent en référé, TA/DP gagnent en première instance, DI/MD gagnent en appel, TA/DP gagnent en cassation, TA/DP gagnent en appel de renvoi. Le match en est pour l’instant à 2 à 3 en faveur des japonais au bout de quatre années de procédures, reste à voir si ce volet de l’affaire poursuivra sa carrière juridique en cassation à nouveau. Toei Animation et Dynamic Planning sont satisfaits de cette décision, ils comptent donc s’en tenir là. Concernant Déclic Images et Manga Distribution, j’ai contacté M Nitot qui m’a fait savoir que, sous réserves, il ne pensait pas se pourvoir en cassation. Il lui reste un mois à dater de la signification de la décision (qui n’a pas encore eu lieu) pour le faire.

L’avocat de Déclic Images et Manga Distribution m’a également informé d’un désaccord concernant les dispositions de la décision, il considère en effet que, se référant à la décision de première instance, les deux sociétés sont condamnées in solidum et qu’il s’agit donc de 2,4 millions d’euros de dommages et intérêts, et non de 4,8. Il a d’ailleurs saisi la cour d’appel afin qu’elle précise ce point, sur lequel les avocats de Toei Animation sont en désaccord. Il restera donc à déterminer les conditions d’application de la décision, qui par contre ne sera pas remise en question dans ses fondements.

La condamnation est certes plus clémente qu’en première instance, mais il faut se rappeler que le plus gros des 7,2 millions d’euros de dommages et intérêts étaient dus à la condamnation pour concurrence déloyale, qui avait été motivée par les fax envoyés par Manga Distribution dans lesquels la société indiquait avoir été autorisée à poursuivre la commercialisation des DVD par le juge des référés, ce qui était naturellement trompeur. La cour d’appel de renvoi a d’ailleurs commis une erreur à ce sujet comme on peut le voir dans la décision, bien que les avocats de Toei aient souligné ce point durant les plaidoiries.

Goldorak va laisser sa marque dans la justice française, puisque cette décision fait jurisprudence : jusqu’ici seuls les exploitant d’œuvres collectives pouvaient être supposés en détenir les droits, et non ceux des œuvres de collaboration comme l’est un dessin-animé, dorénavant cette disposition s’appliquera donc également à ces derniers.

Rappelons toutefois que l’affaire connaît d’autres volet : la procédure civile sur les deux premiers coffrets pourrait bien arriver à son terme, mais il reste encore la procédure pénale sur le coffret 3, ainsi que les procédures intentées contre les magasins de la grande distribution.

Mais s’il est une chose qu’il faut retenir de cette décision, c’est que les droits de Toei Animation et Dynamic Planning ont été pleinement reconnus. Voilà qui devrait couper toute vocation à reproduire l’exploit à d’éventuels émules, comme on en a tant vu après la décision en appel. Mais surtout, cette décision donne enfin les coudées franches à Toei Animation pour exploiter la série, ce qu’on peut donc espérer. Je vous tiendrai naturellement au courant dès que possible.

Les japonais gagnent en appel

mercredi, juin 24th, 2009

Voilà la décision de la Cour d’Appel de renvoi, dans l’affaire Goldorak. En substance, la Cour a reconnu la recevabilité de Toei Animation et Dynamic Planning à agir, et déclaré Déclic Images et Manga Distribution coupables de contrefaçon.

De même, elle a rétabli la marque déposée « Goldorak » à Toei Animation et l’a retirée à Déclic Images. Cependant, elle a considéré que Déclic Images et Manga Distribution n’avaient pas commis d’actes de concurrence déloyale.

Elle condamne chacune des deux sociétés françaises à verser 2,4 millions d’euros (soit 4,8 millions en tout). Le jugement est plus clément qu’en première instance, sans doute le juge aura-t-il souhaité ménager la chèvre et le chou, entre condamner des actes répréhensibles d’une part, et permettre aux entreprises de poursuivre leur activité de l’autre.

Voilà donc qui clôture un volet de l’affaire du Goldogate après quatre ans de procédures, à moins que les sociétés françaises ne se pourvoient en cassation (rappelons qu’auquel cas, c’est sur la procédure uniquement qu’il faudra statuer et non sur le fond).

télécharger la décision

Bon ben pas le temps

mercredi, juin 24th, 2009

Désolé, j’ai pas eu le temps de vous faire mon compte-rendu des plaidoiries de l’appel de renvoi comme promis, je vous renvoie (justement) à celui de Funman pour Japanbar.

La raison? On attend la décision pour aujourd’hui.

Des nouvelles du barreau

mercredi, mai 6th, 2009

Vous vous souvenez peut-être que j’avais évoqué une décision de justice menant à la confusion de patrimoine entre Bruno-René Huchez et Rouge Citron Productions (voir l’article « Les têtes tombent« ). L’intéressé avait fait appel de cette décision et je n’ai hélas pas pu en savoir plus jusqu’ici. Cependant, grâce à la vigilance d’un fidèle lecteur, nous pouvons maintenant apprendre que la décision a été invalidée en appel, ce qui permet à Bruno-René Huchez de conserver sa propriété. Notez au passage le langage fleuri dudit lecteur, qui ne manquera pas de vous faire sourire je l’espère.

Toujours dans l’actualité judiciaire, Toei Animation a assigné IDP pour lui faire tenir sa promesse de rendre les bandes master de Goldorak, décision sur laquelle la société a subitement changé d’avis en même temps que de direction. Le tribunal de commerce a débouté Toei Animation de ses demandes, mais il est vrai que les juges du tribunal de commerce sont eux-mêmes des commerçant et non de fins juristes… Sans doute Benjamin Uzan voit-il dans ces masters une monnaie d’échange contre une éventuelle clémence de Toei Animation dans le cas où les choses tournent au vinaigre pour Déclic Images et Manga Distribution, or c’est faire abstraction du fait que Toei Animation a récupéré les archives INA de la diffusion initiale de la série (qui sont d’ailleurs probablement en meilleur état de conservation).

Enfin, puisqu’on parle de l’affaire qui concerne Déclic Images et Manga Distribution, les plaidoiries de l’appel de renvoi ont eu lieu hier, je vous en ferai un compte rendu précis prochainement.

Goldorak en DVD en 2009?

mardi, décembre 30th, 2008

Aux dernières nouvelles, nous attendions une date pour le jugement de l’affaire Goldorak devant la Cour d’Appel de renvoi, afin de juger l’affaire en appel une seconde fois, puisque la Cour de Cassation avait remis l’affaire en l’état de la première instance. Ramenant Déclic Images et Manga Distribution à leur condamnation initiale in solidum de 7,2 millions d’euros.

L’affaire sera jugée, à moins de reports, en Mai 2009. Si l’affaire s’en tient là, et si le jugement est favorable à Toei Animation, alors on pourra espérer enfin tourner la page sur cette longue affaire (on va gentiment sur nos quatre ans), et pouvoir enfin tenir dans nos avides papattes des DVD (que dis-je, des BluRay!) officiels de Goldorak, mordorés à l’or fin et au point d’Alençon.

Toujours dans l’actualité judiciaire, Toei Animation a assigné IDP afin de lui faire tenir sa promesse de rendre les masters de Goldorak (IDP ayant subitement changé d’avis en même temps que de propriétaire… ce dernier ayant quelque passif concernant Goldorak et quelque rancœur nourrie à l’encontre de Toei Animation, une vague histoire de contrefaçon je crois). La décision sur ce point sera connue en Mars.

Prenons date, donc, et espérons que l’année prochaine sera celle de tous les dénouements.

Je vous la souhaite douce et joyeuse, en tous cas.

Streaming : des nouvelles du front

lundi, novembre 24th, 2008

Après s’être faite condamner à interrompre la diffusion des programmes de M6 et W9, Wizzgo a également perdu des procédures similaires face à TF1, France Télévisions, et NT1. Le service se vide donc de sa substance, mais la société promet sur son blog de trouver de nouveaux moyens. Première initiative, une pétition en ligne… qui fera bien peu pour convaincre le législateur de la légitimité du service.

D’autre part les ayants-droits s’orientent vers la diffusion gratuite de contenus en streaming de plus en plus. Ainsi, les Monty Python ont ouvert une chaîne sur YouTube, d’autre part, on peut retrouver nombre d’animés japonais sur la chaîne de Gong (sur YouTube et sur Dailymotion, les séries ne sont d’ailleurs pas les mêmes). En outre, Dybex a entammé la diffusion gratuite de la série Eve no jikan sur son site. De plus, TV Tokyo a annoncé un partenariat avec Crunchyroll pour lancer la diffusion de ses animés (sous titrés en anglais) à l’international à partir de Janvier 2009. Gonzo et Toei Animation diffusent également leurs contenus sur Crunchyroll.

Enfin, Hulu.com, le site américain qui diffuse légalement et gratuitement séries télé et films interrompus par des écrans publicitaires, devrait proposer une version française d’ici peu.

Les choses bougent vite, donc.

[update] ouverture également aujourd’hui du Shonen Jump Super Anime Tour, avec trois courts métrages sous titrés en Français : Dragon Ball, One Piece et Tegami Bachi. Hélas uniquement pour les utilisateurs de Windows.

eBay : la forteresse se fendille

lundi, juin 30th, 2008

Ca n’aura échappé à aucun d’entre vous : eBay est le dernier repère à la mode pour la marchandise de contrebande.
Alors que tous les magasins « brick and mortar » d’achat-vente de produits d’occasion sont obligés de veiller scrupuleusement à ce qu’ils revendent, il n’en est rien pour eBay, bien à l’abri sous le faux-nez de la jurisprudence sur les hébergeurs. Moralité ils ne sont guère regardants sur ce qui passe par chez eux.

Tous s’y étaient cassés les dents jusqu’ici, mais voici que, par deux fois, eBay s’est faite condamner pour avoir permis la vente de produits de contrefaçon (et accessoirement avoir pris leur commission au passage). Ainsi, la société américaine s’est vue condamner début Juin à 200.000 euros de dommages et intérêts face à la marque Hermès, et ce matin c’est six marques appartenant au groupe de luxe LVMH qui ont obtenu 38,6 millions d’euros.

On peut donc espérer le nécessaire ajustement de la jurisprudence de l’hébergeur, qui permettait jusqu’ici tous les abus. Le site de vente aux enchères a néanmoins fait appel de cette dernière décision.

Pour en finir avec Claude Rouyer

lundi, juin 23rd, 2008

Claude Rouyer est professeur de droit. Il intervient depuis le début de l’affaire Goldorak, sous son seul prénom, dans différents forums, ainsi que dans les commentaires de ce blog. Fort de ses connaissances en matière de droit, il répète à l’envi un argumentaire visant d’une part à discréditer les sociétés Toei Animation et Dynamic Planning, et d’autre part à remettre en question les droits qu’elles cherchent à défendre légitimement dans cette affaire. Il prétend que sa seule volonté est de défendre la version française originale de Goldorak, ainsi que ses auteurs qui selon lui sont les vraies victimes de cette affaire, usurpés par les japonais. Il n’en est rien, et il est plus que temps de mettre un terme à ces fantaisies ainsi qu’à la crédibilité de ses propos, que sa profession pouvait lui accorder auprès des béotiens que nous sommes.

Il vous faut déjà savoir que Claude Rouyer est impliqué directement dans le volet judiciaire de l’affaire, puisqu’il a prêté son concours à la défense de Déclic Images et de Manga Distribution. Il est donc intéressé à titre personnel. Voilà qui devrait éclairer la bonne foi de sa démarche sous un jour nouveau. Ses interventions n’ont donc d’autre finalité que de diffuser une propagande et une désinformation dont il vous faut vous méfier. Ne vous laissez donc pas impressionner par son argumentaire juridique, qu’il est d’ailleurs aisé de démonter, qu’on soit juriste ou non. Ce que je m’en vais d’ailleurs faire de ce pas, pour la dernière fois.

Prenons déjà l’alibi global, soit la défense de la version française de Goldorak (au delà même de ses auteurs, Claude maintient qu’il œuvre à empêcher le redoublage de la série). En l’espèce, aucun des arguments qu’il avance n’y fait le moindre effet : son raisonnement ne concerne que l’adaptation française, (c’est à dire le texte) et non le doublage en lui-même (c’est à dire la bande sonore). Ainsi, en préservant la même adaptation, on peut tout à fait avoir un nouveau doublage. A noter que les interprètes (à savoir les comédiens de doublage) ne peuvent se prévaloir d’aucun droit d’auteur sur l’exploitation ou non de leur interprétation, et qu’ils ne perçoivent aucune rétribution sur l’exploitation de celle-ci. Ils n’ont donc aucun préjudice financier si on procède à un redoublage de la série. Si la vocation de l’intervention de Claude est bien de conserver le doublage original, mais comme on l’a vu plus haut il est permis d’en douter, alors ses arguments sont totalement hors-sujet. Il assène en outre que les japonais ont la ferme intention de procéder à une nouvelle adaptation française. Nul ne sait d’où il tient ce pressentiment, ni quel serait l’intérêt des japonais de procéder à une nouvelle adaptation si rien ne les y contraint, mais une chose est sûre, l’intention affichée par D/Visual, éditeur de la version italienne et qui avait annoncé coinjointement avec Toei Animation la sortie de la série en France avant que Déclic Images ne s’en mêle, est on ne peut plus claire à ce sujet, comme on peut le voir ici.

Dans le détail, Claude s’appuie sur différentes jurisprudences pour étayer son propos. Avant de reprendre celui-ci, sans trahir sa pensée je l’espère, il est important de donner le détail de différentes notions au sens juridique du terme.

– adaptation française :
Il s’agit d’une traduction «créative» : la loi estime, à juste titre, que lorsqu’un traducteur fait un travail de création pour retranscrire certains passages d’un texte original (jeux de mots intraduisibles qu’on remplace par des équivalents, références culturelles, noms propres, etc… en un mot, il adapte le texte à la culture d’import), il est considéré comme un auteur et qu’il a les droits qui s’y rapportent, limités au texte en question. L’adaptation d’une série télévisée est produite et commanditée par le distributeur, avec l’assentiment du producteur de la série originale, et conserve ses images, ses bruitages, et sa musique. La version française de Goldorak est une adaptation de la série animée japonaise.

– œuvre dérivée :
Il s’agit d’une œuvre nouvelle, inspirée d’une œuvre précédemment existante. Le dessin animé «Le bossu de Notre-Dame» de Disney est par exemple une œuvre dérivée du roman «Notre-Dame de Paris» de Victor Hugo. La série télévisée allemande «Le destin de Lisa» ou encore la série télévisée américaine «Ugly Betty» sont des œuvres dérivées de la telenovella colombienne «Yo soy Betty la fea». Dans le premier exemple, l’œuvre dérivée a été créée sans autorisation puisque l’œuvre originale est dans le domaine public. Les autres en revanche ont obtenu la bénédiction des créateurs de l’œuvre originale. Comme on le voit, les œuvres dérivées sont de nouvelles créations qui reprennent plus ou moins fidèlement l’histoire et les personnages originaux, mais ça s’arrête là : tout le reste est un nouveau travail de création. A ce titre, une fois autorisée par les auteurs de l’œuvre originale, l’œuvre dérivée crée de nouveaux droits qui ne peuvent être gênés par les auteurs originaux, qui n’ont plus voix au chapitre une fois qu’elle a été divulguée, hormis bien sûr pour ce qui est de légitimement percevoir des droits d’auteur dessus. La série animée japonaise Goldorak est une œuvre dérivée du manga de Go Nagaï.

On mesure donc la grande différence de nature et des droits afférents de ces deux notions, que pourtant Claude assimile gaillardement l’une à l’autre, sur la base d’une jurisprudence qui voit dans un doublage une oeuvre à part entière et dans l’adaptateur l’auteur de l’œuvre de doublage (Paris 15 novembre 2000 et 1e Civ 6 mai 2003). Or ça ne serait pas la première fois qu’une juridprudence, souhaitant régler l’injustice d’un cas particulier, ferait des amalgames dangereux à plus large échelle. Et pour cause, puisqu’une telle assimilation dépossèderait de leur droits tous les auteurs et producteurs étrangers dès lors qu’ils feraient procéder à l’adaptation française de leurs œuvres, ça n’est pas à proprement parler incitatif : à ce compte là, autant ne pas le faire. En somme, dès lors que l’auteur original vous a accordé le droit de traduire son œuvre, alors vous êtes de facto considéré comme l’auteur de l’intrigue, des personnages, des images, des sons, etc… En résumé, pour Claude, les dessins ne sont là que remuer les lèvres et permettre un doublage… Quoi qu’il en soit, même en admettant qu’une simple adaptation soit assimilée à une œuvre dérivée, aussi contestable que ça puisse paraître, dans la Convention internationale de Berne dont la France est signataire, une œuvre dérivée bénéficie de la même protection qu’une œuvre originale, sans préjudice des droits de l’auteur de l’œuvre originale.
L’œuvre dérivée est la propriété de l’auteur qui l’a réalisée, sous réserve des droits de l’auteur de l’œuvre initiale. Il est donc nécessaire d’obtenir l’autorisation de l’auteur de l’œuvre initiale, sauf si cette dernière est tombée dans le domaine public et à condition de respecter le droit moral du premier auteur. La loi reconnait donc bel et bien une hiérarchie des droits entre auteur original et auteur de l’œuvre dérivée.

Quels sont donc ces droits? La loi française reconnaît aux auteurs quatre droits moraux fondamentaux et inaliénables (c’est à dire non soumis à conditions, et non transmissibles à un tiers hormis ses héritiers après sa mort): Le droit de divulgation, le droit de repentir et de retrait, le droit au respect de l’œuvre, et le droit à la paternité. Ce PDF de 3 pages explique simplement et précisément la teneur de ces droits.

En tout état de cause, l’auteur de l’œuvre originale a donc le droit de changer l’œuvre dérivée de son œuvre voire de la supprimer (droit de repentir et de retrait), il peut également estimer que l’œuvre dérivée viole son droit au respect de l’œuvre, notamment par des modifications de l’histoire qui trahissent celle de l’œuvre originale. Il peut également estimer que son droit à la paternité est spolié par l’absence de son nom au générique, comme c’est le cas pour la version française de Goldorak. Et les droits des auteurs français sont soumis à ceux de l’auteur original. Voilà qui règle donc le cas du prétendu préjudice des auteurs français sur lequel s’appuie Claude. Et donc bien des points sur lesquels les auteurs japonais pourraient contester l’exploitation de l’adaptation française en toute légitimité.

Pourquoi ce point fait-il même débat alors qu’à aucun moment il n’a été question de changer cette adaptation? Tout simplement parce qu’il est le nœud gordien de l’argumentation de Claude : en faisant des auteurs de l’adaptation française les auteurs d’une nouvelle œuvre à part entière, il assène que la non-exploitation de la série en France durant une décennie leur a causé un préjudice. Il reproche cette non-exploitation, voire cette «placardisation» à Toei Animation (alors que la série n’a pu être exploitée pour cause du différend qui l’opposait à Dynamic Planning), tout en ajoutant que seul le producteur de la VF avait titularité à exploiter la série, ce qui est pour le moins contradictoire…

Mais ça ne s’arrête pas là, et c’est là où on touche au sublime : Claude se réfère à la notion juridique de «quasi-contrat» et de gestion d’affaire pour justifier de l’attitude de Déclic Images. Voilà ce que ça donne:

Les auteurs français sont donc, d’après lui, spoliés. Déclic Images aurait considéré que les auteurs français n’avaient soit pas connaissance de leurs droit, soit peur de représailles et de pressions directes sur leur carrière s’ils les faisaient valoir, et aurait par conséquent décidé de leur venir en aide en sortant la série.

Ceux qui ont suivi les développements de l’affaire ici mesurent le grotesque de la chose. Quoi qu’il en soit, à noter tout de même:

– Michel Gatineau est mort, et sa veuve, ayant-droit directe, ne travaille pas à ma connaissance dans le métier. La thèse de la peur de représailles sur la carrière tombe donc à l’eau. Passe encore pour la méconnaissance de ses droits, à laquelle il aurait été plus simple encore de remédier en l’en informant simplement, au lieu d’interférer, en admettant que ça soit bien ce que Déclic Images ait eu à cœur de faire. Or:
– Pas une seule fois, dans AUCUNE DES ECRITURES, dans AUCUNE DES PLAIDOIRIES, et dans AUCUNE DE SES DECLARATIONS PUBLIQUES, y compris depuis la publication des théories de Claude, Déclic Images ne s’est prévalue d’une telle disposition, ni même de cette démarche. Bien au contraire, l’attitude de Déclic Images durant toute cette affaire démontre amplement sa mauvaise foi, et sa pleine conscience de commettre une contrefaçon, ce qui entache au contraire sa démarche d’un soupçon de pur appât du lucre et non de la quelconque «défense» des droits d’un tiers.
– Déclic Images avait d’autant moins de légitimité à «voler au secours» des ayant-droits que Toei Animation et D/Visual avaient annoncé conjointement la sortie de la série en DVD en France, avant que Déclic Images ne la publie.
– Déclic Images n’a reversé aucune compensation financière, que ça soit aux ayants-droits de la version française, comme aux ayants-droits de la série originale. Claude reconnaît pourtant que celles-ci sont dues dans le cadre de la disposition qu’il avance. Cette absence de paiement démontre non seulement que la défense des droits n’a jamais été au cœur de l’action de Déclic Images, mais au surplus invalide totalement la notion de gestion d’affaires : cet article sur Jurispédia explique en effet que «est clairement exclu de la la gestion d’affaire l’acte fait pour un intérêt personnel exclusif». Nous sommes en plein dedans. Claude explique alors que Déclic Images n’a pu procéder au versement de ces sommes (dont on ignore d’ailleurs le montant) à cause de l’interdiction de vente. Ou comment mettre l’affaire sur sa tête, puisque l’interdiction de vente est arrivée après la mise sur le marché, et qu’en tout état de cause les royalties sont dûs dès l’instant où il y a eu reproduction de l’œuvre et non commercialisation.

Comble du cynisme, il reproche à Toei Animation de n’avoir pas fourni les masters pour procéder à cette édition pirate… on croit rêver! Mais le plus beau dans cette construction rhétorique, c’est qu’elle annihile totalement la notion même de contrefaçon d’une œuvre étrangère! Ainsi, en suivant ce même principe, n’importe lequel d’entre vous serait en droit de publier impunément l’un des nombreux films Disney qui ne sont pas actuellement en cours de commercialisation par exemple…

Voilà maintenant trois longues années que Claude inonde les commentaires de ce blog avec les arguments que j’expose ci-dessus, sans tenir le moindre compte des contre-arguments qui lui sont présentés. Et pour cause, puisqu’encore une fois ça n’est pas tant le débat juridique qui l’intéresse que de déformer la réalité des faits et de noyer le lecteur sous un flot de considérations juridiques absconses pour en troubler le jugement. J’ai jusqu’ici eu à cœur de laisser tout le monde s’exprimer, au prix d’avoir à rectifier inlassablement ses propos. Les vacances universitaires étant arrivées, il a donc les coudées franches pour se livrer à sa croisade, à mes frais. Je crois avoir fait preuve d’assez de patience et de compréhension, mais il est temps d’arrêter la plaisanterie. En conséquence, Claude est désormais personna non grata en ces lieux. Il est naturellement libre de poursuivre ses élucubrations ailleurs, mais je vous enjoins néanmoins à poster un lien vers cet article à chacune de ses interventions afin de ne pas laisser son lectorat se faire influencer si facilement…

Echec et mat.