Archive for the ‘Distribution’ Category

Et ça continue encore et encore…

jeudi, avril 3rd, 2008

Je vous en ai parlé à plusieurs reprises (voir l’ère du tout-gratuit et musique illimitée: SonyBMG prête à sauter le pas), l’accès illimité à la musique est le nouveau modèle à la mode.

En voici un nouvel exemple avec MySpace (l’agrégateur des pages perso les plus laides de l’univers), qui selon news.com devrait annoncer aujourd’hui la signature d’un accord avec quatre des cinq majors (EMI réfléchissant encore), afin de proposer de la musique financée par de la publicité, entre autres. Au menu : musique en « streaming », téléchargement de MP3 non-protégés, places de concert, sonneries de téléphones, etc.

Comme pour l’accord signé avec Amazon (dont je parlais ici), il faut voir derrière ce contrat une volonté d’enrayer le succès d’iTunes qui devient un partenaire trop puissant : en favorisant la concurrence, les majors reprennent la main et ont plus de poids pour imposer à Apple leurs conditions, et non l’inverse.

Elément révélateur de l’importance qu’a pris iTunes : le magasin d’Apple est désormais le premier vendeur de musique aux USA, avec 19% de parts de marché, devant toutes les chaînes de magasins « brick and mortar » comme Wall-Mart  ou encore Best Buy, les autres magasins virtuels étant encore plus loin derrière. L’événement a figure de fait historique auquel on se référera dans l’avenir, représentant le profond bouleversement de l’industrie. On en vient à douter de moins en moins que l’avenir de la distribution de la musique sera dans la vente en ligne.

C’est que le début, d’accord, d’accord…

Errements éditoriaux

samedi, mars 29th, 2008
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Si on veut être juste, il faut également se pencher sur les lourdes erreurs commises par les éditeurs.

Alors que le haut débit n’était encore qu’un rêve lointain, les premiers éditeurs ayant eu à faire face au piratage ont été les éditeurs phonographiques. Ca n’a été rendu possible que par trois révolutions technologiques : le compact disc audio (qui diffusait la musique dans les foyers directement au format numérique, reproductible à l’identique et librement copiable sur tout ordinateur), Internet comme moyen de diffusion d’ordinateur à ordinateur, avec à l’époque des logiciels comme Napster, et enfin le format MP3 (plus précisément MPEG 1 audio layer 3, une sous-spécification du format de vidéo numérique MPEG-1 conçue notamment par le Fraunhoffer Institute, permettant de compresser efficacement les fichiers numériques audio sans grande perte de qualité, facilitant leur échange sur le net).
L’expérience des majors dans ce domaine fait aujourd’hui figure de cas d’école concernant les erreurs à éviter, en voici un petit florilège.

Pour fermer le robinet à la source, les majors ont commencé par vouloir empêcher la copie des disques en eux-mêmes, par le biais de différents moyens. Dans les premiers temps les systèmes de protection étaient assez simplistes, comme par exemple ajouter une session data au CD qui était censée empêcher à l’ordinateur d’accéder à la musique, tout en laissant les platines de salon continuer à les lire. Ce système a été aisément contourné par des drivers capable de « monter » plusieurs cessions d’un même CD simultanément par exemple. D’autres systèmes ne requéraient qu’un simple coup de feutre sur la partie du disque incriminé pour les débloquer!
La contre attaque ne s’est pas faite attendre, montant en puissance progressivement pour en arriver à une véritable aberration : les disques ne devenaient plus lisibles sur certains lecteurs par leurs acheteurs légitimes! Phillips, co-inventeur du Compact Disc avec Sony, a vu rouge en voyant des albums porter leur logo officiel alors qu’ils n’en respectaient pas les spécifications techniques qui font partie des obligations légales, et a entamé des procédures judiciaires. Point d’orgue de ce véritable fiasco, l’affaire du « RootKit » instauré par SonyBMG. Ce système de protection s’est avéré non seulement inefficace, mais a causé un tort sans pareil : il installait « en douce » sur l’ordinateur un logiciel-espion (qui plus est basé sur un logiciel libre en totale violation de ses conditions d’utilisation), qui en plus ouvrait grand les portes de votre disque dur à toutes sortes de virus! En plus du tort considérable causé à son image, SonyBMG a été obligée de rembourser bon nombre de clients.

Les majors s’en sont ensuite pris au deuxième maillon de la chaîne : les sociétés éditrices des logiciels permettant l’échange des fichiers musicaux, avec plus ou moins de succès. Si elles ont réussi à couper la tête de Napster (qui, ironie du sort, renaissait quelques années plus tard en qualité de magasin de musique en ligne légal), la bataille n’a pas été couronnée que de succès : si la vocation de ces logiciels est bien d’échanger des fichiers, ses éditeurs ne sont pas pour autant responsables de l’utilisation frauduleuse qui peut en être faite, pas plus qu’un fabricant d’armes ne peut être inquiété si un gangster s’est servi de ses produits pour commettre ses méfaits. D’autre part, c’est une lutte sans fin : faites interdire un logiciel, il en apparaît dix autres… bref, cette voie s’est avérée sans plus d’issue que la précédente.

Il fallait donc s’en prendre au troisième maillon : les pirates eux-mêmes. La RIAA (Recording Industry Association of America) a lancé une série de procès retentissants, dont le principal effet aura été de sceller la défiance mutuelle entre éditeurs phonographiques et leur clientèle. Il faut savoir que la justice américaine, à la différence du système judiciaire français, impose des dommages et intérêts punitifs : il ne s’agit pas seulement de rembourser le tort qu’on a fait, mais en outre de payer une amende conséquente et tout ce qu’il y a de plus dissuasif. La RIAA a donc obtenu des condamnations faramineuses, bien au delà des moyens des condamnés. D’autre part, la politique du recours systématique à la justice a entraîné quelques dérives : procédures à l’encontre d’innocents, voire de personnes qui n’ont jamais eu d’ordinateur, etc. Cette vague de procédures (qui n’a jamais eu d’équivalent en France à proprement parler) n’aura eu pour effet que de faire apparaître les éditeurs comme des requins sans cœur assoiffés d’argent. En ajoutant les 2 précédents fiascos, où même les acheteurs légitimes n’ont plus pu profiter de leur musique, on en arrive à une véritable bérésina. Moralité les majors sont devenus les méchants de l’histoire, et les pirates s’en sont donnés d’autant plus à cœur joie, n’ayant plus le moindre scrupule. Pendant ce temps, les majors poussent des cris d’orfraie et inventent des chiffres plus que fantaisistes sur le manque à gagner représenté par le téléchargement (dont le nombre est rigoureusement impossible à estimer).

Lorsqu’il est apparu que la dématérialisation de la musique était un fait inéluctable, après un certain temps d’observation, les Majors ont décidé de prendre le taureau par les cornes et d’affronter le piratage directement sur son terrain : Internet. Ainsi, chaque major a ouvert son propre magasin en ligne, mais l’offre était bien différente de ce que nous connaissons aujourd’hui : il était alors impossible d’acheter les musiques à l’unité, en dehors des singles, et la seule destination de ces fichiers était l’ordinateur. Impossible de graver un CD, ou même d’écouter la musique sur les premier baladeurs MP3 qui commençaient à apparaître. De plus, les tarifs étaient autrement plus prohibitifs qu’ils ne le sont aujourd’hui. Sachant qu’il fallait fouiller dans chaque magasin pour retrouver à quel catalogue appartient le disque qu’on cherche, le tableau n’était guère réjouissant : l’offre était vouée à l’échec. Jusqu’à ce qu’arrive Apple. L’iTunes Store a véritablement révolutionné la vente de musique en ligne, de haute lutte avec les éditeurs : achat au titre, prix raisonnable, possibilité de graver ses propres CD, d’utiliser la musique dans ses propres réalisations numériques (diaporamas, films privés, etc), et de la mettre sur son iPod. Les DRM étaient toujours présents, mais bien moins contraignants pour les utilisateurs. Depuis le magasin a fait des émules tout en imposant son offre comme le standard du marché, et a commencé à se détourner des DRM grâce à un accord avec EMI.

Rapidement iTunes a pris de l’importance, mais les majors on subitement pris ombrage de son hégémonie. Ainsi lorsque celles-ci ont voulu changer la grille tarifaire (proposer les nouveautés plus chères et les œuvres de catalogue à un tarif moins élevé), Apple a fait le bras de fer et a résisté. Problème pour les majors : les ventes d’iTunes représentent désormais une partie non-négligeable de leur chiffre d’affaire, à tel point qu’ils ne pouvaient tout bonnement pas tourner les talons et retirer leur musique du catalogue. Seule solution, renforcer la concurrence, pour reprendre la main à la table des négociations. Ainsi Amazon a pu lancer une offre légale de musique en ligne (disponibles aux USA uniquement pour le moment) sans le moindre DRM, au format MP3. Cette nouvelle concurrence gagne rapidement des parts de marché aux USA.

Cependant un événement récent vient à nouveau remettre en question les DRM : jusqu’ici Apple n’était pas le seul fournisseur à proposer une offre de musique en ligne conjointement avec des baladeurs numériques, puisque Sony était également sur ce créneau. Eu égard au conflit d’intérêt avec sa filiale SonyBMG, ses baladeurs n’ont dans un premier temps supporté qu’un format propriétaire de musique, appelé ATRAC, et non le MP3 (ce qui leur a coûté cher en termes de concurrence). Récemment Sony a jeté l’éponge et décidé de fermer son magasin en ligne : moralité tous ceux qui avaient acheté de la musique chez eux ne pourront plus la transférer sur un autre ordinateur… Sony recommande à ses anciens clients de graver la musique sur CD pour la re-numériser (avec la perte de qualité sonore qui en découle). Voilà de quoi faire réfléchir les clients des autres magasins avant d’acheter de la musique protégée.

On ne compte pas le nombre d’erreurs commises dans ce petit résumé. La finalité c’est que des acheteurs légitimes se sont vus punis de plus d’une façon par les systèmes de protection, et qu’une véritable défiance s’est instaurée entre les majors et le grand public. Tout ceci n’aura au final que servi à faire un peu plus de mal au marché légal, qui n’en avait déjà pas besoin.

Cependant, il ne faut pas tout mélanger : ça n’est pas parce que les sociétés éditrices ont fait des erreurs stratégiques que ça dispense pour autant les pirates de respecter la loi, d’autant que les éditeurs ne sont pas les seuls en jeu : les artistes ne sont pour rien dans ce fiasco, pourtant il pâtissent tout autant du pillage de leurs œuvres.

Comment analyser ces erreurs? Panique d’une industrie qui voit se profiler son extinction? Réaction protectionniste exagérée? Attentisme conservateur, bien assis sur ses lauriers et ses acquis? Chacun apportera la réponse qui lui semble la plus vraisemblable. Ce qui est certain c’est que, en dehors des chiffres farfelus avancés ici et là, dans les faits mesurables les ventes de disques dégringolent d’année en année. Certes, on peut en imputer la responsabilité à d’autres facteurs, mais on ne peut pas non plus exclure que le piratage y soit pour quelque chose, le contraire paraît même impensable. En tout état de cause, quel que soit le montant des pertes directement imputables au piratage, ça ne change pas fondamentalement les choses : ce montant est nécessairement intolérable et tout doit être fait pour le réduire au maximum. L’industrie a certes réagi avec un zèle qui lui aura été plus dommageable que profitable à bien des égards, mais il est à la mesure de la catastrophe économique que le piratage représente potentiellement.

Comment se sortir de cette situation inextricable? De plus en plus on avance les solutions de téléchargement légal comme le parangon qui sauvera l’industrie, qu’il faut à tout prix développer et favoriser. Certes ce modèle a fait ses preuves, mais il s’agit là d’une solution nécessaire mais pas suffisante : tant que l’alternative gratuite restera une option dans l’esprit des gens, la tentation sera toujours là. C’est pourquoi en complément il est crucial de faire de la pédagogie, d’expliquer sans exagération les enjeux mis en cause, les torts qui sont causés, et les conséquences qu’ils impliquent. Il faut refaire du piratage un acte répréhensible, condamné par l’opinion publique, plutôt que la dernière activité fashion et trendy… Ce qui n’est pas chose aisée dans notre pays où la fraude et la tricherie sont vus comme des sports nationaux!

Musique illimitée : SonyBMG prête à sauter le pas

mardi, mars 25th, 2008

J’attirais votre attention dans cet article sur les dangers que représentent les forfaits illimités d’accès à la musique.

Imédias rapporte un article du Frankfurter Allgemeine Zeitung dans lequel le président de SonyBMG annonce que son entreprise travaille actuellement à la mise sur le marché d’une offre forfaitaire illimitée. Pour 6 à 8 euros par mois, les abonnés auraient accès à l’intégralité de leur catalogue, et pourraient même conserver certains titres au delà de l’interruption éventuelle de leur abonnement. Il ajoute que l’offre serait compatible avec tous les baladeurs numériques du marché, y compris les iPods.

Techniquement parlant, l’affirmation a de quoi faire sursauter : Apple utilise son propre système de DRM, appelé FairPlay. Elle est seule habilitée à l’exploiter, et il semble peu probable qu’elle permette ainsi à une concurrence, même provenant d’une major, de l’utiliser. A n’en pas douter, FairPlay dispose d’un moyen d’exploiter de la musique par abonnement, mais cette fonctionnalité n’a pas à ce jour été activée.

Il est sans doute probable que SonyBMG compte utiliser les services de Jon Lech Johansen, alias DVDJon, qui après avoir « cracké » FairPlay a lancé une société, DoubleTwist Ventures, permettant aux concurrents d’Apple de proposer des musiques protégées compatible avec l’iPod sans passer par Apple elle même, ainsi qu’un moyen de rendre les autres baladeurs compatibles avec la musique proposée sur l’iTunes Store. Nul doute donc qu’Apple réagira d’une manière ou d’une autre à cette initiative si elle venait à se concrétiser.

Quoi qu’il en soit, on peut se demander dans quelle mesure cette nouvelle offre pourrait trouver une application pratique : si les 4 autres majors en font autant, il faudra s’abonner à autant d’offres pour accéder à l’intégralité de leurs catalogues. Et ça ne résout pas la question des productions indépendantes.

Le téléspectateur du futur

lundi, mars 24th, 2008

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M6 vient donc de lancer son offre de « catch-up tv » gratuite, et annonce qu’elle étudie la possibilité d’étendre cette nouvelle offre aux autres chaînes du groupe, avec W9 en première ligne. M6 Replay sera également mise à disposition sur les « box » des fournisseurs d’accès à l’ADSL, permettant de regarder ces émission dans leur environnement naturel : sur sa télévision. (ce qui permettra accessoirement aux utilisateurs de Linux et de Mac OS X de pouvoir profiter de leur offre)

Voilà donc que se profile ce qu’on annonçait depuis plusieurs années : la télé « à la carte » : je regarde l’émission que je veux, quand je veux. Ces nouvelles habitudes risquent bien de changer le paysage audiovisuel en profondeur : si autrefois on pouvait découvrir une émission par hasard, au détour d’un zapping frénétique, demain nous aurons une liste d’émissions dans laquelle piocher. La télécommande ne servira plus seulement à passer de chaîne en chaîne, mais également à passer d’émission en émission au sein d’une même chaîne. Plus que jamais le titre d’une émission sera donc un choix stratégique. Après-demain, les émissions sortiront de la fameuse grille des programmes, dans laquelle elles sont parfois engoncées, et suivront leur propre rythme, leur propre souffle, à l’image de la version Internet de l’émission « Arrêts sur images« . Plus de dépassement d’horaire possible, plus de déprogrammation accidentelle.

Dans ce nouveau PAF, seul le direct tirera son épingle du jeu. Il restera le rendez-vous à ne pas manquer, du moins pour les événements susceptibles de réunir un public à l’heure dite, comme les rencontres sportives, ou les soirées électorales, où tous les spectateurs vibrent à l’unisson et frémissent du plaisir de l’instantanéité. Le groupe Bolloré avait pris le virage avec sa chaîne Direct 8, initialement en direct intégral, sans doute trop tôt, et sans doute trop mal : tout ne justifie pas une retransmission en direct, du moins certainement pas les programmes qui étaient proposés. La chaîne a depuis largement révisé sa copie. De l’autre côté de l’Atlantique, les Etats Unis ont eux erradiqué le direct absolu, depuis « l’affaire » du téton de Janet Jackson… Au mieux les transmissions se font dorénavant avec 10 secondes de décalage. Décalage qui, pour des raisons techniques, s’est de toutes façons propagé de par le monde au travers des différents moyens de diffusion, via les transcodages et les compressions numériques, entre les ondes, l’analogique et le numérique, le câble, le satellite, et l’ADSL, il y a longtemps que nous avons perdu notre « synchronicité ». Dorénavant les voisinages n’applaudissent plus les buts au même moment, en fonction des modes de transmission.

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ZOMG, NSFW!!1!

Même s’il reste à démontrer que l’opération puisse être économiquement viable, une chose est sûre : ce type de service est appelé à être reproduit par les autres chaînes. Canal Plus et Arte ont déjà lancé leur catch-up TV, TF1 y travaille, et France Télévisions… a signé un accord d’exclusivité avec Orange (c’était bien la peine de payer une redevance… Les programmes produits par le groupe audiovisuel public, qui appartiennent donc à tous les Français, sont donc réservés à la seule jouissance des abonnés d’Orange. S’il est légitime que France Télévision cherche à tirer le meilleur parti de son catalogue , l’opération attise d’autant plus la colère des autres fournisseurs d’accès qu’elle n’a pas fait l’objet d’un appel d’offres.)

Voilà qui changera radicalement nos habitudes de téléspectateurs, et entraînera à terme la disparition des magnétoscopes. Les formats télévisuels risquent également d’en être profondément bouleversés sur le long terme. Nous y gagnerons certes en confort, mais il nous reste à découvrir ce que nous y perdrons au change.

L’ère du tout-gratuit

samedi, mars 22nd, 2008
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Après des années de lutte acharnée durant lesquelles les éditeurs ont taché vaille que vaille de préserver leurs modes de distribution, en sciant parfois la branche sur laquelle ils étaient assis, ils finissent par embrasser Internet à bras raccourcis, parfois même avec un peu trop d’enthousiasme.

On en arrive donc peu à peu à des modèles de distribution gratuite sur le net, avec une tentative de rentabiliser par la publicité. Ce modèle économique est un pari sur l’avenir et il lui reste encore à faire ses preuves, puisqu’en l’état il n’est pas encore rentable. Même pour les contenus payants, les distributeurs parviennent à peine à l’équilibre (le pourcentage qu’Apple s’arroge sur les ventes de musiques réalisées par son iTunes Store ne servent qu’à couvrir les frais logistiques, le magasin n’étant pour Apple qu’un « plus produit » pour ses iPods).

Si la gratuité peut avoir un sens pour les contenus jusqu’ici réservés à la télévision (puisqu’en dehors de la redevance, c’est comme ça qu’ils nous ont été proposés jusqu’à aujourd’hui), il en va autrement pour la musique, que pour nous approprier nous avons de tout temps du payer. Cependant Nokia a signé un accord avec Universal qui permet à tous les acheteurs de certains des téléphones de la première d’accéder gratuitement à l’intégralité du catalogue de la seconde. Il se murmure également qu’Apple chercherait à reproduire ce modèle, moyennant un surcoût sur ses iPods.

Bien que représentant une véritable aubaine pour les consommateurs, ce modèle paraît autrement plus discutable, puisqu’il dévalorise totalement la musique : au prix d’un forfait fixe, on aurait un accès illimité, sur la durée de vie de l’appareil concerné, à toute la musique (à noter que Microsoft reverse un pourcentage des ventes de son Zune à Universal, pourtant sans la moindre contrepartie. Il faut dire qu’il s’agit pour la firme de Redmond de jouer les trouble-fêtes pour attaquer l’hégémonie d’Apple en matière de musique).
Il existe également un portail de musique gratuite compensée par la publicité, mais celui-ci s’est quelque peu lancé « à la hussarde », et la musique, dont la compression est parfois médiocre, n’est utilisable que sur le site et nulle part ailleurs. D’ailleurs le traitement de la publicité, concernant la musique, est bien différent des offres de VOD gratuites : si on peut tout à fait concevoir d’interrompre un programme audiovisuel pour diffuser des vidéos de publicité, comme c’est déjà le cas à la télévision, il devient en revanche inenvisageable d’en faire autant pour la musique. La publicité, dans ce cas, est donc « à part », sous forme de texte ou d’image, et facilement ignorée par les visiteurs.

Les magasins de musique en ligne ont par ailleurs transformé la musique en outil promotionnel, puisque nombre de figures de proue de l’industrie agro-alimentaire (Coca-Cola et Pepsi en tête), ont offert des titres en téléchargement gratuit pour l’achat de leurs produit, en association avec les magasins en ligne qui faisaient ainsi leur promotion tout en poussant les utilisateurs potentiels à se frotter à leur offre et à se créer un compte chez eux.

Après s’être dématérialisée, la musique perdrait ainsi, en outre, toute notion de valeur commerciale. C’est dire si ce revirement total de l’attitude des majors, qui va à l’encontre même de leurs intérêts, peut être vu comme un sursaut désespéré. Plus que jamais, la musique se cherche une issue face à cette donnée impossible à ignorer qu’est devenu internet. Mais une fois que la musique n’aura guère plus de valeur dans l’esprit des gens qu’un jouet de Kinder Surprise, il sera trop tard pour faire machine arrière s’il s’avère que ces modèles économiques ne sont pas rentables…

Artistes et producteurs

jeudi, mars 20th, 2008

Article écrit avec l’aimable collaboration d’Alain Carrazé, qui justement sur son blog développe ces mêmes questions aujourd’hui.

Télécharger tue

Dans la cacophonie des prises de position concernant le sujet épineux du piratage, se détachent deux catégories avec leurs spécificités : les artistes et les producteurs.

Les artistes sont sans doute ceux qui sont les plus enclins à faire preuve d’une certaine mansuétude envers les pirates. Il faut dire que ceux-ci n’investissent que leur temps et leur talent dans leurs œuvres. De plus, chaque artiste n’ayant qu’une production limitée, seules quelques dizaines d’œuvres, au mieux, sont concernées par individu. En revanche, chaque producteur s’occupe de plusieurs artistes, augmentant par là même l’impact du piratage, sans compter que le producteur mise à chaque fois son argent. En outre, les artistes ont d’autres ressources que la seule vente des disques, puisqu’ils se produisent sur scène. A tel point que certains imaginent que demain, la musique pourrait être gratuite pour tous, et que les artistes pourraient continuer à vivre grâce à la scène. De plus, un producteur ne touchera des revenus que sur les ventes effectives de l’œuvre, alors que l’artiste percevra des droits (d’auteur ou d’interprète) à chaque exploitation ou diffusion de son œuvre. Certains artistes n’auront ainsi eu à passer que quelques heures en studio et peuvent vivre le reste de leur vie sur de confortables royalties sans rien faire d’autre, pour peu que leur chanson rencontre le succès.

On peut d’ailleurs se demander dans quelle mesure cette indulgence affichée par certains artistes ne serait pas que de facade, pour de simples questions d’image. Quoi qu’il en soit, le fatalisme affiché par certains ne doit pas faire figure d’arbre qui cache la forêt : l’immense majorité des artistes se plaignent, à juste titre, du pillage qui est fait de leurs œuvres.

Les ennemis avoués du piratage sont donc les producteurs, car c’est ceux qui ont le plus à y perdre. A l’ère du home studio et du virtuel, certains en viennent à dire que les producteurs ne servent à rien. D’autres à dire qu’ils ne sont là que pour se faire du fric sur le dos des artistes. Si l’image d’Epinal du producteur fumant son barreau de chaise, assis sur son tas d’or, est séduisante pour certains, la réalité est bien différente.

Le producteur est celui qui va investir son argent pour permettre la création d’une œuvre. C’est un peu la lotterie, puisqu’on a pas encore trouvé la recette magique du succès garanti. La carrière d’un producteur enchaîne succès et flops, l’argent gagné sur les premiers compensant les pertes des seconds, avec assez de chance. Pour un Starmania et un Notre Dame de Paris, Luc Plamondon aura du essuyer une Légende de Jimmy et surtout Cindy…
On pourrait penser que les producteurs ne verraient d’intérêt qu’à investir dans les formes d’expressions les plus populaires, et pourtant tous les genres sont encore représentés, y compris les plus pointus, élitistes, et confidentiels. Certains producteurs y voient là leur “danseuse”, d’autres s’y investissent par simple passion, et d’autres encore par souci d’avoir un catalogue pluraliste. Bref, il y a de tout pour tout le monde. On pourrait comparer le producteur à un joueur de casino ou de bourse, risquant son argent pour en gagner plus. Mais la comparaison tourne court : ceux-ci ne font que manipuler de l’argent et ne produisent rien. Et l’argent gagné par le producteur a pour vocation d’être réinvesti dans une autre production. Il est donc crucial que, lorsqu’une œuvre rencontre le succès, son producteur puisse en tirer des bénéfices, non seulement pour vivre, mais également pour garantir la pluralité artistique.

Dans le milieu télévisuel, la maison de production a investi de très lourdes sommes pour produire la fiction que la chaîne a commandée. En France, au budget donné par la chaîne, insuffisant, s’ajoute le fond de soutien qui permet de boucler le tour de table, très schématiquement. Si conception, tournage et montage se passent bien (sans débordement, retournage, changement complet demandé par la chaîne… ), la maison de production peut espérer rentrer dans ses frais et se faire une marge bénéficiaire. Ensuite, bonne audience ou pas, cela n’a pas une influence sur ses bénéfices mais plutôt sur ses commandes futures et sur la continuité ou non de la série. Il y a peu de marché parallèle, de revente ou de vente DVD pour les séries françaises, à quelques exception près (Kameloot…). Pour les maisons de production américaines, la situation est toute différente.

Dès le début, la série est produite en déficit financing, c’est à dire qu’elle va coûter plus qu’elle ne rapporte. La part de la chaîne NBC ou Fox ne va pas couvrir tout le budget. Par contre, la maison de production garde tout les droits d’exploitation , nationaux (après le passage sur la chaîne d’origine) et internationaux. Donc si la série marche, se vend à l’étranger, accumule de nombreux épisodes pour être rediffusée sur le câble… là, oui, c’est le jackpot. Un « Desperate housewives », ou un « Friends ». Par contre, si la série se ramasse et s’arrête au neuvième épisode, là, aucune chance de rentrer dans les frais. Et il y a chaque année beaucoup plus de séries qui se ramassent que de séries qui marchent.

Donc le problème du piratage devient beaucoup plus crucial pour le studio car, si ses possibilités de rentabilisation de la série sont touchées, c’est tout l’équilibre financier qui part à la dérive. Concrètement, si la série a déjà été beaucoup téléchargée à l’étranger et qu’il ne fait rien contre cela, ses clients, qui sont les chaînes nationales locales vont, bien évidemment, sauter sur l’occasion pour demander une réduction des droits de diffusion. Tels des dominos, tout pourrait suivre et on va demander au producteur exécutif de diminuer le budget puisque la série est plus difficilement rentable. Donc moins d’acteurs, moins d’effets…

Le piratage vient donc changer la donne pour eux : en partant d’un hasard mesuré pour pouvoir gagner de l’argent, on en arrive à un véritable jeu de massacre où plus aucune règle ne tient.

La réalité du marché, c’est que les producteurs sont les véritables hommes-clés de toute l’industrie. Sans eux, pas de films, de séries, de chansons, ni même de spectacles.
Certains disent qu’il y aura toujours des artistes, qu’ils feront toujours des chansons. Sans doute. Comme il y a toujours eu des poètes, écrivant dans leur coin, qui n’ont jamais rencontré leur public. Et produire un album, ça demande bien plus qu’un simple papier et un crayon : c’est faire des maquettes, sélectionner des mélodies, des paroles, payer un studio d’enregistrement, des photographes, des maquilleuses, des graphistes, une équipe marketing, la promotion, le clip, etc.

L’artiste seul, même avec les outils modernes, en reste à l’étape de la maquette. Pas sûr que tout le monde arrive à y trouver son compte. D’ailleurs nombre d’auteurs se sont essayés à la vente directe « d’e-books » sur le net, avec le succès que l’on sait… Certes, nous avons un rapport physique au livre qui est bien différent de la musique et de l’image animée, qui sont par définition immatérielles. Mais ça n’est pas le seul frein au développement de la vente directe de l’auteur au consommateur, puisque chaque métier de l’édition et de la distribution apporte sa pierre à l’édifice. Et que dire bien sûr de l’industrie cinématographique, même les fanfilms de nos jours ont recours à des producteurs. N’oublions pas également que celui qui porte un projet audiovisuel, son créateur et instigateur, va « formater » son œuvre pour qu’elle soit réalisable : le scénario prendra en compte le budget (certaines scènes sont impossible à réaliser si les moyens ne sont pas là), mais il prendra également en compte toutes les réalités économiques qu’entraîne le financement de son œuvre : s’il s’agit de produire un téléfilm ou une série, il faudra que le sujet soit susceptible de fédérer le public cible de la chaîne, les investisseurs ont donc un droit de regard lourd de conséquences sur l’œuvre, et à ce titre, l’auteur qui négocie pied à pied avec eux est directement concerné par le piratage sur internet, par effet domino.

Cependant, la fameuse « exception culturelle » française en matière de cinéma peut parfois aboutir à certaines aberrations : par le truchement des obligations légales d’investissement dans les œuvres françaises, nombre de films sont « budgetés » de telle façon qu’ils arrivent à l’équilibre tout en ayant « zéro entrées salle » en prévision… Si cela permet de s’affranchir de pratiques racoleuses et putassières pour attirer le chaland et proposer des films de qualité, cette façon de s’affranchir du succès commercial permet également son exact opposé… Cependant n’oublions pas que même ces films là s’inscrivent dans une logique économique qui leur est supérieure : si un film arrive à l’équilibre sans le concours des spectateurs, c’est parce que des chaînes de télévision, et autres fonds de soutien nationaux et européens, ont mis suffisamment d’argent dedans pour couvrir tous les frais de production. Et ces investisseurs, eux, entendent bien obtenir un retour sur leur investissement…

Il faut également prendre en compte la notion même de l’investissement, et de l’accord contractuel. Quand un investisseur construit une piscine, il compte rentrer dans ses frais grâce au prix du billet d’entrée. Ca n’est pas pour que des petits malins s’amusent à ses frais. Si certains resquillent, alors ils faussent la donnent et ne jouent pas le jeu. Moralité, l’investisseur ne rentrera pas dans ses frais aussi tôt que prévu, et donc il y perd de l’argent.

La notion est sans doute abstraite, vague, imprécise, du moins suffisamment pour qu’elle soit facilement balayée d’un revers de la main par ceux qui piratent, mais ça n’en est pas moins une réalité incontournable : à chaque fois qu’une œuvre est piratée, les gens qui ont travaillé pour faire en sorte que cette œuvre existe perdent de l’argent. Chaque copie pirate leur cause donc un préjudice incontestable. C’est en gardant cette réalité à l’esprit qu’on parviendra peut-être à des comportements plus responsables.

Affaire Fnac : un pirate témoigne

mardi, mars 18th, 2008

A lire, un excellent article de Rue89 sur l’affaire des DVD pirates de la Fnac, qui n’a pas fini de faire du bruit. Ca risque de devenir assez embarrassant pour eux, à la longue.

Culture et licence globale

mardi, mars 4th, 2008

On a vu que l’Etat Français accordait un statut tout particulier à la propriété intellectuelle. Concernant l’accès universel à la culture, j’ai évoqué le domaine public, mais il y a d’autres façons dont cette valeur républicaine s’exprime. Les musées en sont un exemple : l’Etat achète à prix d’or des œuvres pour les mettre à disposition du public, éviter qu’elles n’aboutissent dans une collection privée, ou pire encore, en dehors du pays.

Un autre exemple plus parlant encore sont les bibliothèques et médiathèques, qui, moyennant un abonnement annuel modique, donne accès à toute la culture sous toutes ses formes. Bien sûr, il faut encore se déplacer, mais l’accès à la culture est bel et bien garanti et offert à tous les français (les moins fortunés peuvent d’ailleurs y accéder gratuitement). Il peut d’ailleurs sembler bon de le rappeler quand on tombe sur ce genre de messages assez surréalistes:

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Entre le domaine public, la copie privée, les musées et les bibliothèques, il est incontestable que chaque français dispose bel et bien d’un accès illimité à la culture, pour un prix très raisonnable voire même gratuitement. Les chantres du piratage qui s’imaginent en robins des bois de la culture perdent donc un argument de taille.

On pourrait d’ailleurs assimiler le forfait de la bibliothèque à la fameuse licence globale, qui a fait tant débat lors des discussions autour du projet de loi DADVSI. L’idée consistait à ce qu’en imposant un forfait supplémentaire à tous les abonnements internet, on dépénalisait en échange le téléchargement des biens culturels. La belle fausse bonne idée que voilà… fort heureusement elle fut abandonnée, mais certains ne désespèrent pas de la voir se réaliser un jour, ce qui serait tout bonnement catastrophique : tout d’abord, ça ferait potentiellement de tous les internautes des pirates en puissance. N’oublions pas que seuls ceux qui vont à la bibliothèque en payent le forfait… deuxièmement, sachant qu’il n’y a aucun moyen d’estimer quelles œuvres sont téléchargées, le reversement du forfait aux ayants-droits se ferait nécessairement à un pro-rata différent de la réalité, et donc pas forcément juste et équitable. Enfin, ça aurait tout simplement éradiqué toutes les offres légales de téléchargement sur le net.

Et malgré les arguments des uns et des autres, s’il est une chose claire aujourd’hui, c’est que pour peu que l’offre soit suffisamment attrayante (simple, avec autant de choix que possible, et à un prix raisonnable), les internautes sont tout à fait prêts à payer pour leur musique et leurs films. Le fameux iTunes Store d’Apple l’a amplement démontré, puisqu’il est aujourd’hui le numéro deux de la vente de musique aux USA, tous magasins confondus, et qu’on s’attend à ce qu’il devance le premier, Wall-Mart, d’ici la fin de l’année.

Après quelques errements, il semble que l’offre vidéo soit également mieux adaptée sur iTunes : il est maintenant possible de louer les films durant 24 heures, à 2,99$ pour les films de catalogue, et 3,99$ pour les nouveautés, et un dollar de plus pour la version HD (sur Apple TV uniquement).
Mais ce qui avait fait le succès de l’iPod, c’était l’ubiquité de votre discothèque : vous pouviez récupérer vos CD pour les mettre sur le petit baladeur. Pour la vidéo, en revanche, aucune possibilité, du moins légalement, de récupérer vos DVD. Là aussi des accords sont venus pallier au problème, puisque désormais certains DVD, qui sont appelés à se multiplier, contiennent une version du film spéciale pour iPod.

En attendant que l’offre de location soit disponible en France (d’ici la fin de l’année), celle-ci ne vaudra que pour les films américains : le cinéma français étant financé, de manière très spécifique, essentiellement par les chaînes de télévision françaises. Celles-ci ont déployé leurs propres portails internet, et leurs propres offres de VOD. Pas question pour celles-ci d’accorder leurs production au concurrent d’en face. Moralité, il y a autant d’offres de VOD qu’il y a de chaînes de télé, à des tarifs et conditions différents, bref, on en revient à ce que l’offre de téléchargement légal de la musique était avant l’arrivée d’Apple : voué à l’échec.

Entre tout ça, de nouveaux modèles économiques surgissent : le site d’ABC ou de NBC, ou encore le site hulu.com, ou même des solutions logicielles comme Joost permettent de regarder gratuitement du contenu (séries télévisées, documentaires, etc) moyennant quelques publicités qui viennent interrompre les programmes. Gratuites, de bonne qualité, ces solutions ont des atouts non-négligeables face au piratage. La consommation de vidéo en ligne se cherche encore, et il est clair que la recette miracle trouvée pour la musique ne peut s’y appliquer directement. On regarde rarement son film préféré autant de fois qu’on écoutera sa musique préférée. La majorité des vidéos n’ont pas vocation à être regardées en boucle. D’autre part, avec l’essor de l’ADSL et de ses « box » en France, l’offre de VOD se multiplie. Ainsi pour un abonnement mensuel on peut accéder librement à tout le catalogue de Free Home Video.

N’oublions pas cependant que toutes ces offres légales sont en concurrence directe avec le piratage. Il faut donc proposer quelque chose de plus attrayant pour inciter les internautes à revenir dans le droit chemin. Ce qui ne se fera sans doute pas sans tâtonnements.

Revirement à la FNAC

lundi, mars 3rd, 2008

Après avoir mollement justifié la vente de contrefaçons dans ses magasins, la FNAC change son fusil d’épaule et se défend maintenant d’avoir pu faire une chose pareille, par le biais d’un communiqué :

L’enseigne annonce ainsi avoir reçu un courrier de la société « European Records Service » qui se charge de la commercialisation des DVD incriminés et vendus sous la marque « Wow Corporation ». Dans ce courrier, la firme dit avoir en sa possession tous les droits de diffusion des vidéos des concerts vendus en DVD à la Fnac. (toute ressemblance avec des événements existants ou ayant existé serait purement fortuite…)

En dépit des propos tenus initialement par son responsable des achats, l’enseigne dit maintenant qu’elle « respecte scrupuleusement le droit en général, et celui de la propriété littéraire et artistique en particulier auquel elle a toujours été profondément attachée. » On se souvient de l’attachement que la FNAC à démontré au droit lors de l’affaire Goldorak et qui lui a valu d’être assignée par Toei Animation…

Europe Records Service songerait quant à elle à attaquer le Canard Enchaîné pour diffamation (ça ne fait jamais de mal de dire qu’on va attaquer en diffamation, et ça ne vous engage pas pour autant à le faire. ERS serait d’ailleurs bien inspirée de n’en rien faire, l’article du Canard étant inattaquable).

Malgré ses affirmations qui ne pèsent pas bien lourd, il faudra cependant que la société explique certaines bizarreries sur ses DVD. On peut éventuellement passer sur la jaquette de piètre qualité, mais qu’en est-il de l’absence de références du fabricant, et surtout pourquoi les DVD font-ils figurer un logo flouté dans un coin de l’image?…

Par soucis d’apaisement, la FNAC a décidé de retirer les DVD litigieux de son catalogue.

Droit & Internet

samedi, mars 1st, 2008

Il n’est pas rare de tomber sur des contre-vérités édifiantes concernant ce qui est légal ou non sur le net. Voilà l’occasion de tordre le cou à certaines d’entre elles:

– certains sites affirment qu’il suffit qu’un film soit en streaming pour qu’il devienne légal de le regarder, comme par magie. Cette affirmation part d’un raisonnement erroné, qui voudrait que puisqu’il n’y a pas de stockage du film sur le disque, il n’y a pas d’infraction caractérisée. Ce qui est naturellement faux.

Déjà il faut se poser les bonnes questions : pourquoi regarder un film sans rien payer est-il illégal? La réponse est simple : parce qu’on ne rémunère pas ceux qui l’ont créé et ceux qui ont investi leur argent dedans pour le rendre possible. Le fait que le film soit stocké ou non n’y change rien (ormis peut-être qu’il n’y a pas de recel de contrefaçon en plus, mais comme on le verra, c’est également faux). Quand vous regardez un film sans payer, que ça soit en streaming ou en téléchargeant le fichier, vous ne vous acquittez pas du prix de la place de cinéma, ou de la location du DVD/de la VOD, ou du prix d’achat du DVD. Et donc ça devient un problème pour ceux qui vivent de ces productions.

Ensuite, cette idée repose sur de grosses lacunes sur la façon dont la technologie dite du streaming fonctionne. Petite explication sur le « vrai » streaming : le plugin video envoie une requête au serveur, qui ouvre une connexion de point à point et envoie un « flux » video, qui est placé en cache pendant quelques secondes avant que le plugin ne commence la lecture de la vidéo. Cette méthode tend à tomber en désuétude, car souvent les données ne sont que partiellement reçues, ce qui est souvent problématique car en vidéo les images sont compressées en fonction des images qui les précèdent.
Par ailleurs cette méthode n’empêche nullement d’enregistrer le flux et de le stocker sur le disque dur.

L’autre méthode qui devient prédominante est celle utilisée notamment par Flash (et de nombreux sites, YouTube, DailyMotion, Stage6…) : là pas de flux, mais un téléchargement pur et simple d’un fichier vidéo, que le plugin commencera à lire avant que le fichier ne soit complètement chargé, une fois qu’une zone tampon suffisante sera récupérée. Au final, la vidéo est donc bel et bien stockée sur votre disque dur dans un répertoire de mémoire cache (qui est nettoyé après un certain temps). Il est d’ailleurs très simple d’accéder à ces fichiers et de les récupérer, ou même de les télécharger directement comme tout autre fichier via une requête http.

Sachant que c’est l’écrasante majorité des vidéos qui sont partagées de cette façon, il est donc erroné de penser que les vidéos « streamées » ne sont pas stockées sur votre disque dur. Et quand bien même si c’était le cas, comme on l’a vu, ça ne rend pas l’opération légale pour autant. Voilà pour l’idée reçue numéro un.

– d’autres sites affirment que donner un lien vers un contenu illégalement stocké ailleurs est légal (liens vers YouTube, liens eDonkey, fichiers BitTorrent…)
Ce cas est moins tranché que le premier, notamment parce qu’on ne peut être tenu responsable du contenu d’un autre site, et que ce qui est lié peut être de nature à changer sur la durée. Néanmoins, faciliter l’accès à des données distribuées illégalement n’en est pas moins condamnable pour autant, comme différentes jurisprudences l’ont démontré. Et donc : pas légal.

– Certains sites, comme celui de la chaîne de télévision américaine ABC, permettent de regarder gratuitement et légalement des épisodes des séries télévisées qu’ils produisent (Lost, Desperate Housewives, etc). Ces épisodes sont entrecoupés de quelques publicités, ce qui leur donne un modèle économique viable. Cependant l’accès à ces vidéos est restreint aux résidents du territoire américain, via un filtrage des adresses IP. Certains sites/forums affirment, à tort, que contourner ces mesures de protection (ce qui est relativement simple), est légal.

De la même façon, il faut se poser les bonnes questions : pourquoi ABC empêche-t-elle l’accès à ces vidéos à l’étranger? Parce qu’elle vend ses productions à des diffuseurs étrangers. Si tout un chacun pouvait voir ces vidéos avant même qu’elles soient disponibles par les canaux classiques en France, il n’y aurait plus personne pour payer la VOD ou pour regarder les publicités à la télévision lors de leur diffusion. ABC protège donc ses intérêts en protégeant ceux de ses clients diffuseurs à l’étranger.

Ce à quoi les récalcitrants répondent qu’en accédant aux vidéos d’ABC, on regarde quand même leurs pubs. Mais il s’agit de publicité pour des produits qui ne sont même pas disponibles en France… que le public français les regarde n’a donc aucun intérêt pour les annonceurs d’ABC, et donc pour ABC elle-même. Enfin, les plus irréductibles ajouteront que ça n’est pas parce qu’ABC protège ses intérêts que ça devient illégal de contourner leurs protections. D’abord, si, puisqu’en agissant de la sorte, on remet en question le fragile équilibre économique mis en place par tous les maillons de la chaîne (j’ajoute que TF1 Vision, la plateforme de VOD de TF1, diffuse les épisodes de Lost en VO sous-titrée le lendemain de leur diffusion aux USA pour étancher la soif des plus acharnés). De plus, il est illégal de contourner ces mesures selon la loi DADVSI.

– pour finir, certains sites cherchant à se couvrir légalement disent qu’il faut détruire les fichiers avant 24 heures, ou qu’ils ne sont proposés qu’à titre de « sauvegarde » uniquement pour ceux qui les ont légalement acquis, ou encore qu’ils sont mis à disposition à des fins « éducatives ». Tous ces critères sont naturellement tout ce qu’il y a de plus farfelu et ne les couvrent en rien au cas où ils devraient être inquiétés par la justice, pas plus que leurs utilisateurs d’ailleurs.

Voilà quelques points qu’il me semblait bon de rappeler. Après, vous faites comme bon vous semble, mais au moins vous aurez une idée plus précise de ce qui est légal ou non au cas où vous auriez accordé un semblant de crédibilité à certaines de ces affirmations. Et agir de manière éclairée me semble toujours préférable à enfreindre la loi par ignorance. N’hésitez donc pas à détromper ceux qui sont convaincus de la légalité de ce que j’ai listé ici!